60% des habitants des zones périurbaines et 67% des habitants des zones rurales voudraient se passer de leur voiture pour leurs déplacements du quotidien mais n’y parviennent pas, faute d’alternatives de qualité. Cette dépendance à l’usage de la voiture représente une fragilité sociale majeure qu’il est urgent d’adresser.
Face à ce constat, Ecov a mené une étude inédite pour Transport & Environment France et l’Institut Mobilités en Transition pour estimer le potentiel d’un système multimodal de transports express associant trois composantes complémentaires : les lignes de TER (ou de RER Métropolitain), les lignes de car express et les lignes de covoiturage express.
Ce système vise à proposer, sur les grands axes de déplacement, une offre cadencée, fiable et flexible, capable de concurrencer efficacement l’usage individuel de la voiture, y compris au-delà des centres–villes. La modélisation est effectuée à l’échelle France métropolitaine, en excluant l’Ile-de-France et l’intérieur des pôles urbains : le modèle se concentre sur les trajets longs du quotidiens, intercommunaux.
D’après les résultats du modèle, l’alliance de ces trois modes permettrait d’élargir considérablement la couverture territoriale des transports express : 11 468 communes seraient ainsi desservies, contre seulement 1 402 aujourd’hui. Parmi elles, plus de 5 000 affichent un revenu médian inférieur à la moyenne nationale, révélant l’intérêt du dispositif en matière de justice sociale et d’équité territoriale.
Au total, 23 millions d’habitants supplémentaires de ces communes pourraient bénéficier directement de cette offre multimodale (passant de 20 millions d’habitants couverts actuellement à 43 millions).
La part modale des alternatives à la voiture individuelle solo pourrait ainsi doubler dans les zones desservies, de 10 % actuellement à 22 %, grâce à une offre alternative de qualité qui permet de se passer de sa voiture. Les citoyens qui maintiendraient leur usage de la voiture seraient incités à participer aux lignes de covoiturage et bénéficieraient à ce titre de recettes de partage de frais (2 md€/an).
Pour les ménages, en évitant 26,5 milliards de kilomètres parcourus en voiture chaque année, ce système express permettrait une réduction des dépenses directes estimée à 9,3 milliards d’euros par an. Si on y ajoute les recettes des conducteurs qui bénéficient d’un partage de frais, le gain annuel des ménages s’élève à 11,4 md€/an. Ces gains pourraient être atténués par une éventuelle tarification au système de mobilité (abonnements ou tickets) pour constituer des recettes pour les collectivités – la tarification n’est ici pas considérée.
Pour l’Etat et les collectivités locales, le système de mobilité a un coût de production, estimé à 9 mds€/an, incluant les indemnités versées aux conducteurs en covoiturage. Ces estimations ne prennent pas en compte les recettes liées à la tarification des transports (abonnements ou tickets) qui pourraient être supportées par les ménages.
Ainsi, en considérant les gains d’un côté et les coûts de production de l’autre, du point de vue des ménages et des collectivités, le gain économique net direct pour la société s’élève à 2,4 milliards d’euros par an, soit 48 milliards d’euros courants sur 20 ans. Ce bilan est très prudent, puisque dans les coûts estimés, nous prenons l’intégralité du coût du système, alors qu’existent déjà une part significative de dépenses existantes (environ 3,2 md€/an du système ferroviaire local). Les gains sont eux calculés en “additionnels” par rapport à l’existant.
En complément du bilan économique direct, il convient d’ajouter les gains socio-environnementaux. En se basant sur les valeurs tutélaires de 2035, les principales externalités évitées — émissions de CO₂, pollution de l’air, accidents de la route – représentent 2,5 Mds €/an.
Ramenées au périmètre de déploiement modélisé, les émissions de CO2 évitées grâce à la réduction du nombre de veh.km (3,8Mt CO2/an) permettent d’atteindre les objectifs nationaux 2030, à la fois pour le report modal et le covoiturage.
Le bilan socio-économique, avec des hypothèses très prudentes, serait ainsi positif avec à la fois des gains économiques directs (2,4 md€/an) et l’évitement d’impacts négatifs (2,5 md€/an).
Le coût de mise en place de ce système de transport express doit reposer sur des recettes, à la fois tarifaires (billets ou abonnements transports collectifs) et du financement par l’impôt. Cette note n’indique pas qui doit financer et en quelle proportion.
Les recettes nécessaires au système de mobilité proposé ne sont pas une simple addition de dépenses : elles permettent de générer un gain de productivité et de richesse (croissance du PIB). Ceci est obtenu par une réduction des inefficacités : une augmentation du taux de remplissage des véhicules permet de réduire les distances parcourues (veh.km), et les coûts associés.
Un tel système mettra plusieurs années à se mettre en place et ne nécessite pas immédiatement l’intégralité du financement. Mais même à terme, il est largement finançable. A titre de comparaison, les ressources nécessaires représentent de l’ordre de 2,5% des dépenses courantes totales de mobilité des ménages, administrations et entreprises (355 md€/an en 2023).
Concrètement, différentes sources de financements, à différents horizons de temps peuvent être envisagées, sur la base de la fiscalité existante, de ressources tarifaires (péages), de fiscalité à venir déjà actée, ou qui pourraient être décidées.
Par exemple, des recettes sont mobilisables dès 2026 via la taxation des transports carbonés : la hausse de la taxe sur les billets d’avion (633 millions), une taxe sur les croisières (200 millions) et une taxe sur les colis (416 millions). Une partie des recettes du Fonds Social pour le Climat est susceptible d’être disponible dès 2026 grâce au mécanisme de “frontloading”. En 2027 enfin, des recettes additionnelles devraient être disponibles avec la mise en place d’ETS2.
En résumé : il est possible d’apporter une solution aux territoires actuellement totalement dépendants de la voiture, économiquement viable et source de croissance. Les ressources pour amorcer le système et permettre sa mise en place complète peuvent être trouvées, dès maintenant et sur le long terme.
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