Reprendre la main sur le véhicule autonome : pour une stratégie européenne du système de mobilité routière

Vue de l'intérieur de l'arrière d'une voiture avec des sièges en cuir noirs et des ceintures de sécurité attachées.
Extrait de la note de Thomas Matagne portée et publiée par le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan
Vue de l'intérieur de l'arrière d'une voiture avec des sièges en cuir noirs et des ceintures de sécurité attachées.

Par Thomas Matagne, président fondateur d’Ecov

“En Chine et aux États-Unis, le véhicule autonome est déjà une réalité commerciale déployée dans plusieurs métropoles. Dans cette course technologique, l’Europe est loin du compte : elle ne maîtrise pas la technologie de la conduite autonome, le déploiement commercial qui a débuté dans quelques villes repose uniquement sur des solutions chinoises ou américaines et le débat sur le sujet y est quasiment inexistant. Si nous n’y prenons pas garde, à l’horizon d’une décennie, l’Europe sera une nouvelle fois placée en situation de “colonie numérique” et les Européens dépendront d’acteurs étrangers pour se déplacer en sécurité ou exploiter leurs données de mobilité.

Le véhicule autonome va bouleverser l’avenir des mobilités humaines. Il va permettre de gagner en sécurité, en temps de vie utile, en accessibilité. Il va ouvrir un monde d’opportunités, où la question de la propriété et de l’usage des véhicules va se poser de manière nouvelle : qui empêchera, demain, qu’un véhicule non utilisé par son propriétaire soit utilisé la majorité du temps par d’autres pour se déplacer à la demande ? Aller au travail avec son véhicule autonome, le laisser ensuite repartir en journée pour transporter des personnes âgées qui l’auront loué pour un trajet chez le médecin en zone rurale, et le réutiliser pour rentrer le soir : voici le type d’exploitation qui sera rendu possible par cette révolution, parmi un éventail de nouvelles possibilités.

Cette note alerte néanmoins sur un point crucial, peu abordé dans les débats sur le sujet : si le véhicule autonome est une immense opportunité pour le progrès des mobilités humaines, il peut aussi conduire à une situation où le système de mobilité routière, déjà très peu efficient – le taux de remplissage moyen des voitures étant de 1,6 personne (pour cinq places) –, se dégrade encore : congestion, gaspillage énergétique, coûts, etc. Notre thèse est simple : si cette révolution n’est pas pensée de manière stratégique au sein d’un système de mobilité collectif optimisé, nous passerons à côté des gains potentiels pour les individus et la société. Pour objectiver cette idée, nous avons simulé diverses modalités de déploiement du véhicule autonome et nous avons constaté qu’en le concevant comme un transport collectif, il est possible d’augmenter son taux de remplissage et d’optimiser ainsi son gain social. Les flux de véhicules ne sont plus gérés trajet par trajet à chaque demande d’un passager, comme dans le modèle du “robotaxi” , mais organisés en services de mobilité collective (bus, train, etc.).

Cette façon de penser “système” est une arme pour reprendre en main la technologie et faire émerger un modèle européen de transport autonome. Si la France s’est dotée en 2025 d’une stratégie sur le véhicule autonome, il faut aujourd’hui accélérer : nous faisons plusieurs propositions, afin que les pouvoirs publics français et européens s’emparent enfin pleinement de ce sujet.”

Les propositions phares

  • PRÉPARER L’ARRIVÉE DU VÉHICULE AUTONOME
    Développer des services de mobilité qui permettent de structurer une offre de transport de qualité hors des zones denses – là où la voiture est ultra dominante –, afin d’orienter l’usage futur vers un système collectif : déployer des services express routiers (alliance des lignes de car express et lignes de covoiturage express) en articulation avec les autres modes (transports à la demande, réseau express vélo, etc…) Créer des incitations au niveau local à la participation aux partages de trajets (voies réservées, politiques de stationnement avantageuses, etc…

  • INVESTIR DANS NOTRE SOUVERAINETÉ TECHNOLOGIQUE
    Faire émerger deux ou trois champions européens de la conduite autonome, afin de disposer de la technologie et de la souveraineté associées. Ces acteurs devront être massivement financés, à la fois en capital et en commande publique pour être compétitifs face aux acteurs américains et chinois. Ce soutien pourrait passer par l’inclusion du véhicule autonome dans la logique de “préférence européenne” en discussion et par l’activation du levier de la commande publique via la création d’une coalition de collectivités acheteuses du véhicule autonome “Made in Europe”.

  • PENSER “SYSTÈME DE MOBILITÉ”
    Investir et prendre le leadership sur la technologie du système d’exploitation de la route incluant du véhicule autonome. Si elle est dans une position de rattrapage pour ce qui est des technologies de conduite autonome (ADS) au niveau du véhicule, l’Europe pourrait en revanche prendre le leadership sur les technologies du système de mobilité. La mobilité ne peut être optimisée qu’à l’échelle collective : c’est donc aux acteurs publics, du niveau européen au niveau local, d’impulser une mise en œuvre réelle d’un système de mobilité sur les routes.

  • ENCLENCHER LE PROGRÈS
    En France, identifier cinq à dix territoires pilotes, à l’échelle d’un bassin de vie mêlant urbain, péri-urbain et rural, où le déploiement à grande échelle de véhicules autonomes serait autorisé, soutenu financièrement par l’État et pleinement intégré dans le système de mobilité local, dès 2026. Cela permettrait de rattraper les déploiements commerciaux qui se mettent en place à Londres, Munich ou au Luxembourg. Car si la loi d’orientation des mobilités de 2019 a autorisé douze projets d’expérimentations en France, ceux-ci, bien qu’engagés, sont loin de suffire. L’objectif serait donc de concentrer les efforts pour des projets systémiques ambitieux

Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan et Thomas Matagne, président-fondateur d’Ecov, lors d’une conférence de presse, le 11 mai 2026.
© Morgan Boëdec

📌 Pour aller plus loin

Retrouvez l’intégralité de la note [Disponible ici]

Une conférence intitulée Le véhicule autonome: une révolution pour nos mobilités, un enjeu clef pour la souveraineté européenne, se tiendra le 19 mai de 9h50 à 11h30, en présence de :

  • Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan
  • Thomas Matagne, président-fondateur d’Ecov
  • Benjamin Beaudet, directeur général de Beti
  • Anne-Marie Idrac, ancienne ministre des Transports, présidente de France Logistique et de la Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France (Sanef), haute responsable pour la stratégie de développement des véhicules autonomes
  • Claude Renard, coordinateur « véhicule automatisé » à la Direction générale de l’Énergie et du Climat (DGEC)


Auditorium Marceau-Long
20 avenue de Ségur
75007 Paris

Visionner le replay de l’événement [Disponible ici]

Dans la presse :

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