Paroles d'expert

Etude du MIT/Harvard : le miracle du véhicule autonome n’aura pas lieu … mais tout n’est pas perdu

Une étude d’Harvard et du MIT casse le mythe : le véhicule autonome (VA) ne résoudra pas tous les problèmes associés à la voiture individuelle d’un coup de baguette magique. D’une part, il aura du mal à être compétitif avec la voiture classique, d’autre part sa performance globale (économique, environnementale…) est largement fonction de la manière dont il est utilisé.

Cette nouvelle étude, technico-économique, envisage de manière approfondie un ensemble d’effets qui pousse les auteurs à demander à l’action publique d’intervenir pour dessiner un chemin durable, notamment en soutenant le développement du partage de trajets (ou covoiturage).

Qu’est-ce qu’analyse cette étude ? 

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Les auteurs ont construit un modèle pour déterminer l’intérêt économique et environnemental du véhicule autonome (VA), électrique et partagé. Sans entrer dans les détails, ils prennent un ensemble de considérations telles que la maturité de la technologie, le coût de production, l’utilisation, le taux de remplissage des véhicules etc.
Leurs grandes conclusions sont les suivantes : 

  • Le VA peut devenir compétitif en termes de coûts avec les taxis… mais il ne serait pas, même à maturité technologique, réellement compétitif avec la voiture individuelle (1)
  • Malgré ce manque de compétitivité-coût, le véhicule autonome pourrait induire une augmentation des émissions et de la consommation d’énergie (2)
  • Cet impact négatif est la conséquence d’une augmentation de la demande et d’une réduction du taux d’occupation par rapport à la situation actuelle (3)
  • Il peut y avoir des moyens de compenser ces effets négatifs, portant notamment sur l’optimisation du taux d’occupation (4)

A noter que cette étude ne prend pas en considération les impacts indirects tels que les besoins d’énergie pour l’usage de la technologie d’autonomisation (besoin pour les calculs etc.), ce qui réduirait encore les marges de manœuvre du VA pour être d’intérêt général.

Le véhicule autonome : compétitif avec le taxi, mais pas avec la voiture individuelle

La mousse médiatique a été jusqu’à présent que le véhicule autonome sera suffisamment compétitif pour que chacun puisse se passer de sa voiture individuelle, permettant de régler techno-miraculeusement les problèmes de mobilité. D’une part, cette vision d’un VA utilisé comme une voiture individuelle est largement remise en question, notamment carl’impact sur la congestion pourrait être dramatique. Mais cette étude vient même remettre en cause la possibilité économique d’y parvenir. 
 

Le véhicule autonome serait compétitif vis-à-vis des taxis et VTC…
 

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L’étude convient, qu’en raison du coût du salaire des chauffeurs, le VA sera compétitif relativement facilement avec les taxis et VTC. Autrement dit, le domaine de pertinence économique du VA porte sur l’automatisation -et donc la suppression- des emplois de taxis/VTC. Ce constat étant posé, on peut interroger la question de la viabilité technique de cette approche : les taxis/VTC réalisent essentiellement des trajets dans les zones denses, qui sont aussi parmi les plus difficiles à maîtriser pour la technologie d’automatisation complète (impossible de faire passer un VA place de l’Etoile…). Résumé brutalement : économiquement, le VA a de l’intérêt là où technologiquement il n’en a pas.
Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une part infime de la mobilité puisque l’immense majorité des trajets sont réalisés en voiture individuelle et non en taxi -aller au boulot en taxi n’est pas le quotidien des travailleurs. 
 

… mais pas avec la voiture individuelle

Pour ce qui concerne la voiture individuelle, le VA ne parviendrait qu’à peine à atteindre le coût de la voiture individuelle (incluant les coûts de l’usage de celle-ci, et notamment le temps perdu à la conduire). 
Voilà un mythe qui s’effondre (ou continue de s’effondrer) : la voiture individuelle ne disparaîtra pas simplement, remplacée par des flottes de taxis autonomes, qu’on appellerait d’un appui du pouce sur son téléphone, et qui ne coûteraient quasiment rien… 

Et pourtant, le VA pourrait aggraver l’impact sur le climat


Habituellement, quand un dispositif coûte plus cher, on s’attend à une baisse de la demande. D’après cette étude, tel ne serait pas le cas : il y aurait malgré tout un effet rebond, c’est-à-dire une augmentation de la demande. Cet effet serait induit par la « cannibalisation » de trajets qui auraient été effectués sinon avec un mode plus efficace au plan énergétique.

Pour résoudre ces enjeux, l’optimisation de l’usage par le partage de trajets est central 

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Les auteurs envisagent 3 scénarios qui permettraient de répondre en tout ou partie à ces difficultés :

  • Améliorations technologiques : il s’agit de faire en sorte que les flottes de VA soient énergétiquement plus performantes que le parc actuel. Si l’électrification va plutôt dans ce sens, encore faut-il que les constructeurs y aillent aussi (véhicules plus légers etc.). 
  • Amélioration logistique : il s’agit d’organiser différemment la répartition dans le temps des trajets. En effet, avec l’heure de pointe du matin, lors de laquelle énormément de trajets se font en même temps, la capacité d’optimisation du système diminue : il faut une flotte de VA plus grande (donc plus coûteuse). La solution consiste à réduire le nombre de VA en circulation, en dehors des heures de pointe, pour obtenir un résultat énergétique positif… mais moins bon économiquement.
  • Améliorations des comportements : il s’agit de faire en sorte que les passagers partagent des trajets (ou covoiturage), afin d’augmenter le taux d’occupation moyen. Les auteurs estiment qu’il serait nécessaire que 51 à 75% des trajets soient partagés, soit un niveau bien supérieur au niveau actuel de covoiturage.

En somme, cette étude a le mérite de souligner les limites d’une vision simpliste du VA, et souligne l’importance du système qui entoure le déploiement de cette nouvelle technologie. En particulier, elle souligne que le principal facteur d’optimisation est celui qui porte sur l’optimisation de l’usage. Le partage de trajets (ou covoiturage) est impératif pour que le VA soit d’intérêt collectif. Il faut dès à présent anticiper ce besoin, et permettre aux utilisateurs de la route de partager des segments de trajets, comme pour un transport collectif.
 

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